On l’a tous entendu un jour, pour peu qu’on a su manier un truc un peu artistique. Ça vient souvent de Mamie Suzette ou de Tonton Roger, c’est rarement méchant, mais des fois tu te demandes s’ils le font pas un peu exprès… Oui, je veux, bien entendu, parler du don ! Ce truc tout chaud, précuit qui tombe dans la bouche des artistes talentueux (ou non d’ailleurs, faut juste être plus doué que Mamie Suzette -et c’est pas bien difficile-), d’après la pensée populaire.
Dans le monde du dessin, c’est souvent comme ça. On sait dessiner parce que les Cieux ont décidé de nous offrir dans leur immense mansuétude la capacité de représenter avec plus ou moins de poésie ce que l’on voit… Et personne ne se dit que dessiner, c’est à la portée du premier venu. Ben nan, hein, faut avoir une touche de génie, un truc transcendantal qui te pousse à faire un truc de folie quand les autres font des bonhommes bâtons. Alors je vais mettre les choses au clair. Toi. Oui, toi, là, qui ne sait pas dessiner. Ben c’est tout dans ta tête ! Tu peux dessiner, comme n’importe qui. Suffit d’une chose toute simple pour faire un bon dessin. Tu veux savoir quoi ? Allez, comme je suis bonne poire, je te livre le secret ancestral qui se remet de génération en génération par une poignée de personnes qui se destinent au dessin : c’est (roulement de tambour)…
Le travail !
Oui, je sais, c’est fou. Je te laisse le temps de te remettre sur ta chaise. Ceci étant dit, je vais quand-même briser un peu tes rêves : tu feras pas des dessins à la Guarnido après une semaine de travail acharné, hein, faut pas rêver. Mais tu peux te rapprocher du dessin moche que t’as vu dans la BD « le donjon de Naalbuck ». Si, si, je t’assure. En fait, suffit de faire preuve de patience, d’acharnement et de passion. Ah oui, nan, parce que faut aimer ça, sinon laisse tomber, tu feras jamais rien de bien.
Bref. Donc oui, le dessin, c’est du travail. Ce sont souvent des gens qui ont jamais arrêté de dessiner. Tu sais le copain de classe qui préférait gribouiller dans son coin plutôt que jouer au foot ? Celui là même qui aujourd’hui te fais une peinture à l’huile pour ton mariage. Ouais. Alors je pense qu’on peut aisément imaginer qu’une personne qui dessine depuis qu’il est sur les bancs de l’école va forcément un peu progresser. On a tous des yeux, suffit juste de savoir s’en servir et de pas les abrutir devant un certain écran dont je tairais le nom (tellement je crois qu’il est déjà avéré que je l’exècre au plus haut point). Après chacun sa sensibilité, sa manière de tirer parti de certains de ses défauts techniques, ou son envie de représenter ceci ou cela, qui fera que tu te pencheras plutôt sur de l’héroïc fantaisy, ou plutôt sur de l’aââart abstrâit pârce que yé souis oun artiste, tou vois ?
Donc le dessin c’est comme n’importe quoi : t’as besoin d’apprendre des techniques dans des cours académiques bien chiants, et après tu adaptes ça à ta sauce, en sortant des sentiers battus -ou pas- et en ne cessant jamais de dessiner, tout le temps, partout. Parce que t’es jamais au summum de ton art, que t’es éternellement insatisfait, etc, etc (je vais pas vous resservir le même menu à chaque fois). Alors on arrête d’admirer les dessinateurs en les targuant de génie, toussa. Et on arrête de dire qu’on sera jamais capable de dessiner.
Soyez honnêtes : dites juste que vous avez la flemme.

tout à fait d’accord ! La fin est brutale mais tellement vrai des fois on a vraiment la flemme !
Pour ma part cette histoire de don, je trouve ça presque blessant. Parce que je me bats depuis des années pour faire des gribouillis qui ressemblent à quelque chose, et maintenant que je sais faire un arbre qui n’est pas trop souvent confondu avec un balai, j’entends « ohlala, tu as un don! » Ben… Comment dire… Non. D’abord ce que je fais n’est même pas tellement bon, ensuite j’ai tué pas mal d’arbres pour y parvenir.
Cela dit je pense que cette réaction n’est pas dûe qu’à la flemme. C’est aussi un moyen de se rassurer: « Je ne pourrai jamais faire la même chose, mais c’est parce qu’il/elle a un don et pas moi… » C’est une manière de ne pas se trouver médiocre. Et puis ça évolue. Je ne croise plus beaucoup de monde qui me dise que jouer de la musique, par exemple, ou danser, c’est juste une histoire de don. C’est vrai que ça peine encore à atteindre le monde du dessin… Mais ça va venir!