Les illustrateurs, à quatre pattes s’il vous plaît

Vous l’aurez peut-être déjà compris, puisque je le répète sans cesse : je suis étudiante en illustration & graphisme. En dernière année. Ce qui signifie que je vais devoir chercher (et trouver !) du travail, si je veux manger dès l’année prochaine.

Le monde de l’illustration, mes chers amis, c’est une sacré bataille et c’est parfois franchement ingrat. Comme on pratique quelque chose d’assez nébuleux, beaucoup s’imaginent que notre travail est de tout repos (le fameux stéréotype de l’artiste fumant un bédo, ses cheveux longs trainants dans sa peinture), que puisqu’on fait ce qu’on aime, on n’a pas à faire payer… Alors que bien souvent, on travaille autant que des étudiants en médecine, et c’est parfois d’autant plus dur qu’il ne suffit pas d’apprendre une définition par cœur pour réussir un exam’ (attention, je ne dis pas que faire médecine est facile. Je respecte énormément les gens qui étudient dans ce domaine. Je dis simplement que la médecine est une science exacte avec des bases à connaître, point. Après, évidement, il faut aussi réfléchir et utiliser sa cervelle pour être un bon médecin). Non, faire du dessin, pour être bon, c’est sans cesse renouveler sa culture, où qu’elle soit. C’est éplucher films, livres, BD, essais, biographies, science, histoire, sociologie etc. pour évoluer et ne jamais stagner, car c’est la pire chose qui puisse arriver à un dessinateur… S’enliser dans l’immobilisme est le cauchemar qui hantent beaucoup d’entre nous et pourtant, nous devons aussi garder une unité graphique afin de ne pas risquer de perdre notre (potentiel) lectorat. Tout est équilibre… Dessiner, c’est faire le funambule sur une page blanche avec un bâton de lumière : très beau, mais fort peu palpable. Pire que tout : notre plume peut être totalement biaisée si on traverse une mauvaise passe émotionnelle. Et pendant qu’on essaie de se remettre, le temps passe et l’argent s’épuise.

Par ce message, je ne cherche absolument pas à me faire plaindre : j’aime ce que je fais. J’ai la chance de faire des études dans ce domaine grâce à mes parents. Et je sais que les temps sont durs pour tous les « gens du peuple », et pas seulement les illustrateurs. Seulement, voilà. Illustrateur, c’est être le dernier maillon de la chaîne alimentaire. Dans l’édition, l’illustrateur est celui qui est le moins payé alors que c’est lui qui créé. Pourtant, ce seront les libraires, les imprimeurs et les éditeurs qui profiteront au maximum de son travail. Pour vous donner un ordre d’idée, sur la vente d’un de ses livres, l’illustrateur touche 3% à 5% des bénéfices.

Pourquoi est-ce que je vous dis tout ça ? Parce que j’ai appris, via le blog de Louna &  de Tanxxx que le Salon de Montreuil (aussi appelé Salon du livre et de la presse jeunesse de Seine-Saint-Denis) a l’intention de faire payer les jeunes illustrateurs venant chercher du travail pour qu’il puissent montrer leur Book aux éditeurs & DA. La modique somme est de 10 euros, pour avoir l’honneur de rencontrer des gens qui risquent de vous refouler à 70% de chance. Et pour réservation, ça monte jusqu’à 30 euros (plus d’explications ici). Joie. Je veux dire, je me régale. Sérieusement, ça vous viendrait à l’idée de faire payer des chômeurs pour qu’ils aillent passer un entretien ? C’est quoi cette hérésie ?! Déjà qu’on doit accepter de brader ce pour quoi on se donne (parce qu’on met toujours un peu de soi dans une création), et en plus il faudrait qu’on accepte de payer les gens qui gagnent déjà de l’argent souvent à nos dépends ? Moi je dis non !

Vous allez me dire « oui mais euh, je suis pas concerné, je dessine pas ». Et bien si. Vous aimez lire ? Genre des bonnes BD ? Loisel, Trondheim, Bourgeon etc ? Vous aimez pas trop les sous-BD du genre « Les blondes » ? Et bien soutenez les auteurs ! Les gens qui ont du talent ne sont pas forcément ceux qui ont des sous à perdre. Si vous ne voulez pas vous retrouver avec des BD de gens qui ont réussit parce qu’ils ont des thunes, réagissez ! Protégez la culture de demain. Demandez à ce qu’on favorise un « Pilules Bleues » à un « Les Geeks ».

Merci.

EDIT : L’action n’aura pas été vaine et le résultat est là : le paiement est annulé. Merci à ceux qui ont réagit.

3 Commentaires à “Les illustrateurs, à quatre pattes s’il vous plaît”

  1. Louna 25. oct, 2011 à 22:28 #

    Merci de t’exprimer, et a priori ça aura servi à quelque chose :)

  2. kakaproute 26. oct, 2011 à 9:41 #

    bravo, tu as bien raison!

  3. hb 09. nov, 2011 à 0:17 #

    « refouler à 70% de chance »
    99% meme…

    « entretient »
    sans t. là c’est encore 1% de chance qui s’en va…

    « des BD de gens qui ont réussit parce qu’ils ont des thunes »
    10euros c’est ça « avoir des thunes » ? ou meme 30 euros ?…
    dans ce cas faut il aussi demander aux editeurs a qui on envoit un projet par la poste de rembourser les frais de port (et de photocopies si il ne renvoit pas) ?… le montant est le meme. est ce donc uniquement les millionnaires qui ont envoyé leur projet par la poste ? …

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